Comment j’ai vécu le cycle MBSR ? Mélanie, psychologue clinicienne, témoigne

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Je m’appelle Mélanie Calonne, je suis psychologue clinicienne et travaille en centre de rééducation. J’exerce mon métier depuis 17 ans avec passion auprès de personnes souffrant de handicap de naissance ou acquis suite à un accident de la vie, de pathologies neurodégénératives, orthopédiques, rhumatismales ou de syndrome douloureux chroniques.

Suite à la lecture de plusieurs articles scientifiques, démontrant l’impact positif de la pratique de la méditation dans la gestion de la douleur avec une diminution du vécu douloureux et une amélioration de la qualité de vie, j’effectue des recherches sur internet pour pouvoir me former en vue de créer des groupes de méditation auprès des patients.  Je suis au début perdue face à toutes les offres de formations proposées, me disant « la méditation a le vent en poupe en ce moment » et je finis par choisir le programme de Laurence de part ses formations et car elle est Médecin rhumatologue.

Et l’Aventure commence :

Je participe à la réunion d’information le 19 janvier 2021 et j’ai su que je souhaitais réaliser cette formation dés les premiers mots prononcés par Laurence. Son sérieux, son humanité et sa douceur contenante m’ont toute suite plu.

Et nous voilà parti pour 8 semaines.

Lors de la première séance, j’étais exaltée et au prise avec plein de pensées : «  bon, il faut que je retienne le maximum de choses pour pouvoir le proposer au mieux aux patients, comment je vais faire pour la formation des groupes, 1h30 cela va faire trop long pour les patients…. » cependant au cours d’un exercice proposé par Laurence «  d’une pierre a jeter dans l’eau qui s’enfonce de plus en plus profondément » d’autres pensées émergent : « fais ce programme pour toi ». Après m’être dit que j’étais égoïste, je décide de me dégager de toutes attentes, comme le conseille Laurence, dés le début du programme. Ainsi, je mets de coté ma volonté de créer un groupe de méditation pour les patients en me disant que je le ferai plus tard et m’engage à vivre pleinement l’expérience pour moi.

Les deux premières fois du « bodyscan », 45 minutes de méditation quotidienne, l’expérience est plutôt agréable même si j’ai beaucoup de pensées : « demain je vais faire telle ou telle chose ou c’est long, qu’est ce que tu fais, tu penses pas que tu serais plus utile à faire autre chose, j’ai l’impression de perdre mon temps..». Cependant je m’amuse face à toutes ses pensées, je ris bien de moi et arrive à focaliser mon attention sur les différentes parties de mon corps.

Et à la troisième pratique du « bodyscan » là émerge une véritable angoisse associée à des pensées : « j’ai peur, je me sens mal, de plus en plus mal, c’est trop dur… » et les sensations étaient fortes : « palpitations, tressaillements dans le ventre, sueurs,… ». Cette troisième séance me laisse perplexe et je décide d’arrêter la pratique du « bodyscan ». A la fois je m’en voulais car je m’étais engagée mais je n’avais franchement pas envie de revivre cette angoisse. Aussi, j’en discute avec ma collègue et j’en parle à Laurence . Laurence me rappelle que l’expérience méditative n’est pas forcément agréable et que s’approcher peu à peu du désagréable est possible et si cela est trop dur je peux m’ancrer sur ma respiration.

Les autres exercices, comme vivre l’instant présent au quotidien lors de la douche, les repas, les promenades, la méditation de 10/20 minutes ancrée sur la respiration, sont source de bien être allant jusqu’au plaisir à vivre avec plus d’intensité ces moments de tous les jours, qui d’ailleurs en présence prennent une dimension différente. Je ressens même de la joie car le banal du quotidien n’est plus, car en présence, notre perception change. L’eau sur la peau lors de la douche, le plaisir d’une caresse, la douceur d’un fruit, la beauté d’une fleur, cela est difficile à décrire : c’est comme si par moments le temps n’existait plus, comme si la douche que l’on prend tous les jours n’est plus la même, comme s’il était possible de voir le mouvement dans l’immobilité ou le changement dans ce qui nous semble le même, la saveur de deux quartiers d’une même clémentine n’est pas identique en fonction de l’instant et de notre présence en cet instant… cela est étrange ou pas, à vrai dire je ne sais pas trouver les mots justes pour décrire mon expérience. Le yoga fut également une véritable révélation, j’adore et je le pratique désormais 2 à 3 fois par semaine avec les enregistrements de Laurence, seule et avec l’aide de DVD d’apprentissage que j’ai achetés pour améliorer ma pratique.

A coté de ces plaisirs ressentis, le « bodyscan », certaines méditations assises et surtout la journée en silence furent totalement bouleversants pour moi, associés par moment à des pensées « c’est horrible, j’en ai marre, j’ai peur, mais pourquoi j’angoisse, c’est dingue… » accompagnées de palpitations, de tensions dans le ventre, de tensions dans le corps, dans le cœur, de larmes qui coulent et des émotions tellement fortes de tristesse, de colère et de peur. Je suis de nature plutôt joyeuse, souriante, positive, à la recherche du plaisir, de la concrétisation de mes désirs et malgré les épreuves de la vie, je positive tout le temps et même dans les pires moments je garde le sourire. Pour moi, c’était clair : je m’aimais, je me sentais forte, sachant relever les défis et les difficultés du quotidien cependant cette expérience m’a appris que je ne m’aimais pas réellement.

En effet, je n’aimais qu’une partie de moi et je rejetais avec force l’autre partie de moi où se trouve mes blessures, mes faiblesses, ce « mauvais côté de moi » qui a envie de dire par moments : « foutez moi la paix, celle qui a envie de se mettre en colère ou qui a envie de pleurer , celle qui a envie de dire non quand elle a envie de dire non sans se juger et se dire qu’elle est égoïste, celle qui n’a plus envie de contrôler sa colère ou sa tristesse à coup d’affirmations positives, de respiration, de techniques d’ajustement et de positionnement pour faire ce qui est bien de faire : aider les autres, ne pas se mettre en colère, ne pas pleurer, être fort, se battre, travailler dur, positiver à outrance, être toujours comme il faut… et j’en passe…. Cette partie de moi je l’ai étouffée pendant des années, ce côté  sombre de moi mais il existe en moi et cette expérience l’a mise en lumière.

Je me suis rendue compte, non sans honte, moi qui prône chaque jour à mon entourage et aux patients l’amour de soi, la positivité et le lâcher prise que j’en étais bien loin..quelle claque… Je pense que j’utilisais des techniques d’affirmations positives, de restructuration cognitive pour contrôler mes émotions et mes expériences négatives aussi bien pour moi, pour mon entourage et les patients. Je pense que cela est utile de savoir positiver, avancer malgré les épreuves, choisir une pensée positive plutôt que négative car nous sommes créateurs de nos pensées et autant choisir la positive plutôt que celle qui nous plombe le moral. Cependant, il s’agit d’avoir conscience qu’en utilisant ces techniques on tente de contrôler ce qui émerge de nous et qu’il est aussi possible de juste laisser vivre l’émotion dans le corps au delà de toutes pensées « juste en être l’observateur bienveillant » et le corps a les ressources pour les diluer … oui, j’ai suivi le conseil de Laurence de m’approcher de ce qui fait mal, j’ai pleuré, j’ai vécu de la colère, de la tristesse, des sensations désagréables dans le corps et au-delà de toute volonté de changer , de juger, en laissant juste passer les pensées, mon corps a parfaitement su diluer toutes ces sensations désagréables …Je me sens libérée.

Dorénavant en conscience, en fonction des événements et des difficultés de la vie je choisirai soit d’utiliser des techniques d’apaisement car cela me semblera approprié dans l’instant ou soit laisser se diluer ce qui est, au delà de tout vouloir, de toute attente avec la confiance que mon corps saura parfaitement gérer cela tout seul.

Je pense «m’aimer réellement aujourd’hui » dans l’accueil de tout ce que je suis de bon et de moins bon dans mes limites et mes faiblesses, ma force et ma vulnérabilité. Je m’autorise à être ce que je suis au delà de tout conditionnement « du bien comme il faut ».

Je change, je m’autorise ou pas , toujours en conscience, à exprimer ce qui vient sans jugement, sans me dire que c’est bien ou mal, je laisse circuler ces auto-jugements, ces conditionnements …

ET COMME LE DIT LAURENCE C’EST OK

JE SUIS OK AVEC MOI MÊME.

UN GRAND MERCI à  TOI LAURENCE ET au GROUPE.

Et sache Laurence que lorsque j’écris ces derniers mots je m’autorise à pleurer…de joie.

MERCI.

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